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Pieds qui gonflent enceinte : la pointure change-t-elle vraiment ?

Les chaussures ne ferment plus au sixième mois, et l'on met tout sur le compte de la rétention d'eau. C'est en partie vrai, mais un second phénomène, structurel celui-là, allonge réellement le pied et ne repart pas toujours après l'accouchement. Distinguer les deux change complètement la façon d'acheter.

La rédaction de Boutique de Mode

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Le pied s'élargit autant qu'il s'allonge : la largeur compte plus que la pointure.
Le pied s'élargit autant qu'il s'allonge : la largeur compte plus que la pointure.

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Ce qu'il faut retenir

  1. Deux phénomènes distincts se superposent : un gonflement passager lié à la rétention d'eau, et un allongement structurel du pied qui, lui, peut rester après la naissance.
  2. L'allongement vient du relâchement des ligaments sous l'effet hormonal, qui laisse la voûte plantaire s'affaisser : le pied s'étale, donc gagne en longueur et surtout en largeur.
  3. L'ordre de grandeur le plus souvent constaté est d'une demi-pointure à une pointure, davantage après une première grossesse qu'après les suivantes.
  4. C'est la largeur, ou chaussant, qui pose problème avant la longueur : prendre deux pointures au-dessus dans un modèle étroit reste inconfortable.
  5. L'essayage se fait en fin de journée, quand le pied est au plus large, jamais le matin au réveil.
  6. Un gonflement brutal, asymétrique ou accompagné de maux de tête ou de troubles visuels n'a rien à voir avec ce sujet et doit conduire à consulter sans attendre.

Vous cherchez La lectrice enceinte constate que ses pieds gonflent ou que ses chaussures ne ferment plus et veut savoir quelle pointure acheter, quel type de chaussure choisir, et si le changement est définitif.

Vers le sixième mois, les bottines de l'hiver précédent ne ferment plus, les escarpins compriment sur les côtés, et même les baskets laissent une marque au coup de pied en fin de journée. La réponse habituelle de l'entourage tient en un mot : la rétention d'eau, ça repartira.

C'est vrai pour une partie du phénomène seulement. Deux mécanismes différents agissent en même temps sur le pied pendant une grossesse, l'un transitoire et l'autre structurel. Le premier disparaît dans les semaines qui suivent la naissance ; le second, souvent, ne disparaît pas. Les confondre conduit à acheter au mauvais moment et à jeter des chaussures qui auraient resservi, ou à en garder qui ne resserviront jamais.

Le point de départDeux phénomènes que tout oppose§

Avant de choisir une pointure, il faut savoir ce qu'on mesure. Un pied gonflé et un pied allongé ne réagissent ni au même rythme, ni aux mêmes solutions, et ils n'ont pas du tout le même horizon.

Face à face

Gonflement passager ou allongement durable

Les deux se manifestent par une chaussure devenue trop juste, mais ils n'ont ni la même cause ni la même issue.

A

Le gonflement

Rétention d'eau dans les tissus

  • Apparaît surtout aux deuxième et troisième trimestres.
  • Varie au fil de la journée : discret le matin, marqué le soir.
  • S'accentue par forte chaleur et après une station debout prolongée.

Points forts

  • Régresse en général dans les semaines qui suivent la naissance.
  • Se soulage par des gestes simples : surélever les jambes, marcher, éviter les élastiques serrés.

Limites

  • Rend l'essayage trompeur : le pied du matin n'est pas celui du soir.
  • Peut faire acheter deux pointures de trop, inutilisables ensuite.

Pour qui ? Il ne faut pas construire sa garde-robe de chaussures dessus, seulement s'y adapter le temps de la grossesse.

B

L'allongement

Affaissement de la voûte plantaire

  • S'installe progressivement, sans variation d'un jour à l'autre.
  • Touche la longueur mais surtout la largeur du pied.
  • Résulte du relâchement ligamentaire et de la charge supplémentaire.

Points forts

  • Stable, donc mesurable de façon fiable une fois installé.
  • Se compense par un chaussant plus large plutôt que par de la longueur seule.

Limites

  • Ne régresse pas toujours après l'accouchement.
  • Rend définitivement inconfortable une partie des chaussures d'avant.

Pour qui ? C'est lui qui justifie de racheter, mais seulement plusieurs mois après la naissance.

Le test le plus simple est celui du rythme : ce qui change entre le matin et le soir relève du gonflement, ce qui ne bouge plus d'une semaine à l'autre relève de la structure du pied.

Le mécanisme structurelPourquoi le pied s'allonge réellement§

Le pied n'est pas un bloc : c'est un assemblage d'une trentaine d'articulations tenues par des ligaments, organisé en une voûte qui répartit la charge entre le talon et l'avant-pied. Cette architecture repose entièrement sur la tension des ligaments qui la haubanent.

Pendant la grossesse, l'imprégnation hormonale (la relaxine en particulier, dont le rôle est d'assouplir les ligaments du bassin en vue de l'accouchement) n'agit pas seulement sur le bassin. Elle augmente la laxité ligamentaire dans tout le corps, pied compris. Les haubans se détendent, la voûte s'affaisse un peu sous le poids, et le pied s'étale : il gagne en longueur et, plus encore, en largeur.

La prise de poids amplifie mécaniquement le phénomène, et le déplacement du centre de gravité vers l'avant reporte davantage de charge sur l'avant-pied. L'ordre de grandeur le plus souvent constaté se situe entre une demi-pointure et une pointure, avec un changement généralement plus marqué après une première grossesse qu'après les suivantes : la voûte s'étant déjà réorganisée une première fois.

Ce qui varie dans la journéeLe gonflement, et son rythme quotidien§

Le second mécanisme est bien celui qu'on invoque : une accumulation de liquide dans les tissus des chevilles et des pieds, favorisée par l'augmentation du volume sanguin, par la pression exercée sur le retour veineux et par la station debout. Il apparaît surtout à partir du deuxième trimestre et s'accentue au troisième.

Sa signature est son rythme. Le pied est au plus fin au réveil, après une nuit à l'horizontale, et au plus large en fin de journée. La chaleur l'aggrave nettement, une longue station debout aussi, un trajet assis prolongé également. C'est exactement l'inverse d'un allongement structurel, qui ne connaît pas ces variations.

  • Surélever les jambes dès que possible, ne serait-ce que quelques minutes plusieurs fois par jour.
  • Marcher régulièrement plutôt que rester debout immobile : la contraction des mollets aide le retour veineux.
  • Éviter les élastiques serrés aux chevilles, chaussettes à bord marquant, bas trop justes, lanières qui creusent.
  • Alterner les paires dans la semaine, pour ne pas solliciter toujours les mêmes zones d'appui.
  • Retirer ses chaussures en position assise prolongée, au bureau comme en voiture.

La méthodeQuelle pointure acheter, et à quel moment§

L'erreur la plus coûteuse consiste à racheter une garde-robe complète au plus fort du gonflement, puis à découvrir six mois plus tard que tout flotte. La règle est de traiter la grossesse comme une parenthèse, avec des achats limités et tolérants, et de ne mesurer sérieusement qu'une fois la situation stabilisée.

Acheter juste, pendant et après

  1. Mesurer en fin de journée, jamais le matin

    Le pied est au plus large en soirée. Une paire essayée à jeun le matin sera trop juste huit heures plus tard, tous les jours.

  2. Mesurer la longueur pied nu, debout, en charge

    Talon contre un mur, pied posé à plat sur une feuille, tracez au crayon tenu vertical et mesurez du mur à l'orteil le plus long, qui n'est pas forcément le gros orteil. Faites les deux pieds : ils diffèrent souvent.

  3. Ajouter une marge d'aisance

    Comptez environ 1 cm entre l'orteil le plus long et le bout de la chaussure. Cette marge n'est pas du superflu : c'est l'espace dont le pied a besoin pour se dérouler à chaque pas.

  4. Chercher la largeur avant la longueur

    Si la gêne est latérale, à la base des orteils, monter d'une pointure dans un modèle étroit ne réglera rien et fera glisser le talon. Cherchez un chaussant large, une matière souple, ou un modèle proposé en plusieurs largeurs.

  5. Limiter les achats pendant la grossesse

    Deux paires bien choisies suffisent : une pour le quotidien, une pour les sorties. Le reste peut attendre, puisque la pointure définitive n'est pas encore connue.

  6. Attendre plusieurs mois après la naissance pour remesurer

    Le gonflement met quelques semaines à disparaître, la voûte plantaire plus longtemps à trouver son nouvel équilibre. Une mesure faite six mois après la naissance est bien plus fiable qu'une mesure faite à trois semaines.

  7. Tester les anciennes paires avant de les donner

    Certaines redeviennent portables, d'autres non. Un essayage honnête, en fin de journée et après dix minutes de marche, tranche mieux qu'un essai de trente secondes assise.

Le choix des chaussuresLes modèles qui suivent, ceux qui posent problème§

Au-delà de la taille, la construction de la chaussure décide de son confort quand le pied change de volume dans la journée. Deux critères priment : la capacité à s'ajuster, et la facilité à l'enfiler sans se pencher, un point qui devient très concret au troisième trimestre.

Ce qui fonctionne selon le type de chaussure
TypeAdaptation au volumeEnfilageVerdict
Basket à laçage élastiqueTrès bonne, le laçage cèdeSans se pencherLe meilleur compromis au quotidien
Mocassin ou slip-on soupleBonne si la tige est extensibleImmédiatExcellent, à condition d'un bon maintien du talon
Chaussure à scratch ou à boucle réglableExcellente, réglage au millimètreSimpleSous-estimé, très pratique en fin de grossesse
Botte à tige rigideMauvaise, le mollet gonfle aussiDifficileÀ éviter, sauf modèle à zip et soufflet élastique
EscarpinNulle, volume figéAssis obligatoirePeu adapté, surtout au-delà de quelques heures
Tong et sandale plate fineBonne en volumeImmédiatConfortable assise, insuffisante pour marcher longtemps
Chaussure à lacets classiquesBonneContraignant sans aideConvient si quelqu'un lace, ou avec des lacets élastiques

Les lacets élastiques, vendus quelques euros, transforment une basket ordinaire en modèle enfilable sans se baisser. C'est l'achat au meilleur rapport confort-prix de toute la liste.

Une nuance qui surprendLe talon : ni haut, ni complètement plat§

Le conseil habituel, abandonner les talons, est juste sur le fond, mais il est souvent mal compris. Un talon haut pose deux problèmes pendant la grossesse : il reporte encore le centre de gravité vers l'avant, alors qu'il s'est déjà déplacé, ce qui accentue la cambrure lombaire ; et il réduit la surface d'appui à un moment où les ligaments de la cheville sont plus laxes, donc où le risque de se tordre le pied augmente.

La conclusion n'est pas pour autant le plat absolu. Une semelle totalement plate et fine (ballerine souple, tong) laisse la voûte affaissée sans aucun soutien, ce qui fatigue davantage sur une journée de marche. Un petit talon de deux à trois centimètres, associé à une semelle qui soutient la voûte, est généralement plus confortable que l'un et l'autre extrême.

L'horizonAprès la naissance : ce qui revient, ce qui reste§

Le gonflement se résorbe généralement dans les semaines qui suivent l'accouchement, parfois après une phase où il s'accentue brièvement. La circulation retrouve son régime, les élastiques cessent de marquer, et les chevilles reprennent leur dessin.

L'allongement, lui, suit une autre trajectoire. La laxité ligamentaire diminue progressivement, mais la voûte ne remonte pas toujours à son niveau initial. Il est fréquent de conserver une demi-pointure de plus, et surtout un pied plus large qu'avant. Ce n'est ni un problème ni une anomalie : c'est une donnée morphologique nouvelle, avec laquelle on rachète des chaussures adaptées plutôt que de forcer dans les anciennes.

Le même raisonnement vaut pour le reste de la garde-robe, où l'on gagne à distinguer ce qui redeviendra portable de ce qui ne le sera plus : une logique déjà présente dans le choix d'un legging de grossesse selon la taille et la matière, et plus largement dans notre guide sur comment s'habiller enceinte. Le même besoin d'un accessoire qui suit l'évolution du corps se retrouve dans ceinture de soutien de grossesse qui remonte, comment la stabiliser.

Les repères à retenir

  • Distinguer le gonflement, qui varie dans la journée, de l'allongement, qui ne varie pas.
  • Essayer et mesurer en fin de journée, pieds nus, debout.
  • Garder environ 1 cm de marge devant l'orteil le plus long.
  • Traiter la largeur avant la longueur : c'est elle qui gêne en premier.
  • Se limiter à deux paires pendant la grossesse.
  • Privilégier laçage élastique, scratch et modèles enfilables sans se pencher.
  • Préférer un talon de deux à trois centimètres au plat intégral.
  • Attendre environ six mois après la naissance pour remesurer et trier.

Le vocabulaire utile

Chaussant
Volume intérieur d'une chaussure, largeur comprise. Deux modèles de même pointure peuvent avoir des chaussants très différents.
Voûte plantaire
Arche formée par les os du pied entre le talon et l'avant-pied. Son affaissement allonge et élargit le pied.
Relaxine
Hormone dont la sécrétion augmente pendant la grossesse et qui accroît la laxité des ligaments, dans le bassin comme ailleurs.
Laxité ligamentaire
Souplesse accrue des ligaments, qui laisse davantage de jeu aux articulations. Elle explique l'étalement du pied.
Marge d'aisance
Espace laissé entre l'orteil le plus long et le bout de la chaussure, de l'ordre du centimètre, nécessaire au déroulé du pas.
Semelle de propreté
Semelle intérieure amovible. Une version soutenante compense une voûte affaissée, mais elle réduit le volume disponible.

Un pied de grossesse n'est pas un pied plus grand, c'est un pied plus large. On achète la largeur, la pointure suit.

La rédaction

Questions fréquentes

On vous répond

La pointure change-t-elle vraiment pendant la grossesse ?

Oui, et pas seulement à cause de la rétention d'eau. Le relâchement des ligaments sous l'effet hormonal laisse la voûte plantaire s'affaisser, et le pied s'étale : il gagne en longueur et surtout en largeur. L'ordre de grandeur constaté est d'une demi-pointure à une pointure, avec un changement souvent plus marqué après une première grossesse qu'après les suivantes.

Les pieds retrouvent-ils leur taille d'avant après l'accouchement ?

En partie seulement. Le gonflement lié à la rétention d'eau se résorbe généralement dans les semaines qui suivent la naissance. L'allongement structurel, lui, ne régresse pas toujours : il est fréquent de conserver une demi-pointure de plus et un pied durablement plus large. Mieux vaut donc attendre environ six mois avant de remesurer et de trier ses chaussures.

À quel moment de la journée faut-il essayer des chaussures quand on est enceinte ?

En fin de journée, quand le pied est au plus large. Le gonflement est discret au réveil, après une nuit à l'horizontale, et maximal en soirée, davantage encore par forte chaleur ou après une longue station debout. Une paire essayée le matin sera trop juste tous les soirs, ce qui est le pire des deux mondes.

Faut-il prendre une ou deux pointures au-dessus ?

Rarement plus d'une, et souvent la question est mal posée. La gêne est généralement latérale, à la base des orteils : c'est un problème de largeur, pas de longueur. Monter de deux pointures dans un modèle étroit ne règle pas la compression et fait glisser le talon à chaque pas. Cherchez un chaussant large ou une matière souple avant de monter en taille.

Peut-on porter des talons enceinte ?

Un talon haut cumule deux inconvénients : il accentue une cambrure lombaire déjà accrue par le déplacement du centre de gravité, et il réduit la surface d'appui alors que les ligaments de la cheville sont plus laxes. Le plat intégral n'est pas la meilleure réponse pour autant : une semelle fine et sans soutien fatigue sur une journée de marche. Un talon de deux à trois centimètres avec une voûte soutenue est généralement le meilleur compromis.

Comment soulager des pieds gonflés en fin de grossesse ?

Quelques gestes simples aident : surélever les jambes plusieurs fois par jour, marcher régulièrement plutôt que rester debout immobile, éviter les élastiques serrés aux chevilles, retirer ses chaussures en position assise prolongée et alterner les paires dans la semaine. Ce sont des mesures de confort ; toute question sur l'origine du gonflement relève d'un professionnel de santé.

Quel type de chaussure est le plus pratique en fin de grossesse ?

Celles qui s'ajustent au volume du pied et s'enfilent sans se pencher : baskets à lacets élastiques, mocassins souples, modèles à scratch ou à boucle réglable. Les lacets élastiques, vendus quelques euros, suffisent à transformer une paire existante. À l'inverse, les bottes à tige rigide posent problème parce que le mollet gonfle aussi, et les escarpins n'offrent aucune tolérance de volume.

Faut-il racheter toutes ses chaussures pendant la grossesse ?

Non, et c'est l'erreur la plus coûteuse. La pointure observée au plus fort du gonflement n'est pas la pointure définitive : acheter une garde-robe complète à ce moment-là conduit souvent à se retrouver avec des paires trop grandes six mois plus tard. Deux paires bien choisies suffisent pour traverser la période, le tri sérieux se faisant une fois la situation stabilisée.